vendredi 27 mars 2020

COVID-19: l'épidémie relève pleinement de la médecine

En réalité l'épidémie c'est de la médecine.

Ce que nous savons.

Les formes pauci symptomatiques doivent être respectées.
Les formes avec dyspnée doivent être scannées.
Ensuite suivant le stade au scanner il faut décider hospitalisation ou domicile. Et une fois hospitalisé il faut décider VNI ou intubation, alors que nous avons peu d'arguments qui supportent une attitude agressive d'emblée (l'intubation précoce sauve t elle des vies en dehors des questions de surveillance en VNI dans une unité de SI)... Ce n'est pas facile car c'est une décision probabiliste.
Pour le traitement la situation est la suivante: comme pour les autres viroses graves on associe un antiviral et une interleukine ou un immunomodulateur. Car la question pulmonaire ne résume pas les formes graves. C'est une défaillance multiviscérale, avec ce que l'on appelle un orage cytokinique qui est constaté et nous savons cela depuis longtemps. Il a été évoqué plus haut une fréquente réaction péricardique, il y a aussi des myocardites, des atteintes hépatiques et digestives car toutes ces cellules ont des récepteurs ACE2 qui sont la porte d'entrée du virus.

Ce que nous ignorons c'est l'efficacité de ces traitements.

1/ Le premier traitement que l'on cherche est celui qui peut sauver des vies.

Des essais sont en cours et ils sont tous randomisés et la plupart en double aveugle avec des analyses intermédiaires à très court terme. Faire un essai de qualité est très bien maîtrisé par de nombreuses équipes dans le monde mais cela demande une rigueur absolue.

2/ Ce que propose l'équipe de Marseille est une approche de traitement précoce de tous les patients.

Il s'agit de traiter les patients SARS+ au début afin de prévenir l'évolution vers des formes graves de la maladie COVID-19 en négativant le portage viral. C'est une hypothèse car nous ne savons pas si cette négativation va prévenir l'évolution vers une forme grave. Il faut se méfier des raisonnements mécanistiques. Pour cela il faut un essai randomisé en double aveugle de grande taille puisque seuls 1-2% des patients tout venant ambulatoires évoluent défavorablement. C'est parfaitement réalisable compte tenu de la pandémie. Ou bien un essai sur moins de patients mais tous à risque: age comorbidités, pris au début, car dans ce groupe de patients le risque de formes graves et de décès est élevé ce qui va donc rendre toute action d'un traitement rapidement significative. Just do it.

L'état a tout à faire pour réduire la transmission dans la société mais rien dans la science en évolution

Une fois de plus la première anomalie dans tout cela c'est que l'état n'a pas à se mêler de cette question des traitements car il est incompétent.
Cette anomalie est un mal français. Au lieu de perdre toute crédibilité dans des sujets qui ne le regardent pas sa tâche urgente, impérieuse, difficile mais tellement inachevée à ce jour est :
-tester et suivre, géolocaliser, alerter, aider les soignants par le traitement des data à gérer la première ligne la quarantaine et la suite
-pourvoir à la logistique des test avec l'industrie, à celle de la quarantaine et des mesures barrière masques, savon et implémentation des préventions partout (désinfection des transports, des circuits vecteurs, des immeubles par les services de nettoyage, mise en ordre de marche des administrations avec le respect des normes de fonctionnement etc) avec la société civile et le secteur privé.
-sortir du confinement indifférencié dès que le lieu de travail est sur et éloigner tous les nouveaux cas. Maintenir le confinement strict pour les plus fragiles en organisant le portage des courses et des produits de première nécessité au lieu de laisser ces personnes aller se contaminer en sortant pour ce faire.

Les essais cliniques doivent suivre les critères de qualité et déclarés (https://clinicaltrials.gov/)

La deuxième anomalie c'est que des patients puissent être inclus dans des essais cliniques qui ne remplissent pas les critères de fiabilité qui permettent de sortir de l'incertitude. Je sais c'est un peu technique. Mais la plupart des médecins et des biologistes savent combien les essais thérapeutiques sans tirage au sort et sans double aveugle avec des "groupes contrôles" choisis sont biaisés. Nous savons cela depuis longtemps car c'est en France que le premier essai randomisé a eu lieu ... Il est donc temps après des études préliminaires de passer à des preuves.

Commentaires


Covid-19 and ecology in Europe

https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/les-ideologues-de-l-hysterie-climatique-vus-a-l-ombre-du-coronavirus-843425.html?fbclid=IwAR1QMn8fIGM7Lmi6F_3ArYyPq8H2xq9naaYjkxEqc2whtbyz9ATRxAQPi34

jeudi 26 mars 2020

Les deux débats sur la Chloroquine (Cl-Q)

Il y a au moins deux débats:
1/ Quels sont les résultats cliniques de la Cl-Q? En particulier la Cl-Q diminue t elle la mortalité?
2/ Un individu a t il le droit de prendre de la Cl-Q? Soit en auto-médication soit avec une prescription légale?
Et deux remarques:
le premier débat est scientifique.
Sans RCT il n'y a pas de probabilité ni de rationalité à rejeter l'Hypothèse nulle. C'est à dire que toute différence entre un groupe Cl-Q et un groupe témoin est le fait du hasard. Et de ce point de vue la blague des parachutes est intéressante. Quand un médicament va sauver des patients graves cela se verra en 8 jours compte tenu du nombre de patients graves et de leur pronostic. Et l'essai sera arrêté pour analyse immédiate. Cela est déjà arrivé fréquemment en médecine. Mais il y a des truismes qui ne résistent pas à la réflexion. En réalité l'essai aléatoire pour les crash d'avions c'est l'historique des accidents. Le pilote n'est pas prévenu que ce vol va se crasher, les commanditaires du vol non plus. Et la description des résultats est l'analyse de ces essais. Les crashes se produisent aléatoirement et les rescapés étaient l'exception avant le parachute avec un % de survie inversement proportionnel à la hauteur de la chute. Les porteurs de parachute ont présenté une telle différence de % de survie toujours dans le cadre de crashes aléatoires que le parachute a été généralisé pour les avions de chasse ou d'autres. Mais l'essai aléatoire a aussi eu lieu pour les parachutes dorsaux car AU HASARD un certain nombre de parachutes ne se sont pas ouverts par défaut technique. C'était au début de l'histoire. Et nous avons tiré les conclusions immédiatement de cet essai randomisé implicite: porter un ventral. Donc si un essai institutionnel n'a pas été organisé pour les parachutes c'est parce que l'expérience des vols d'avion était si évidente et si infalsifiable en raison de l'aléa (y compris en calculant des probabilités de se tromper) que c'est tout comme.
La deuxième fable est la question du temps. Avec un biais évident visant à déclencher l'émotion de la pensée rapide certains arguent que nous n'aurions pas le temps et qu'il faut faire confiance à l'expert... Lequel? Et bien c'est là que la croyance opère. Tous les essais contiennent des clauses d'analyse intermédiaire si bien que sans rompre le double aveugle l'équipe de statisticiens regarde ce qui se passe en clair surtout dans des essais dans le cadre d'une épidémie. Aujourd'hui la Cl-Q n'a pas démontré dans un essai randomisé publié et permettant l'accès aux DATA une efficacité supérieure au placebo. Cela signifie qu'il faut d'autres preuves avant de recommander ce traitement et cela signifie que d'autres traitements en cours sont susceptibles de faire la preuve de leur efficacité concurrentiellement.
Le second débat est constitutionnel; la France a une Constitution qui ne protège pas le citoyen contre les abus de pouvoir de l'état. Pas de liberté d'expression garantie, pas de liberté économique par exemple le droit de choisir son assureur maladie puisqu'il s'agit de cela. Et ce sont les mêmes qui veulent encore plus d'état qui se plaignent des conséquences de l'impéritie de ce dernier. Des gens très dangereux. La médecine et toutes les professions du soin sont des professions réglementées qui distribuent les recettes de l'état. Les citoyens sont assujettis aux oukases qu'ils ont exigées. C'est pourquoi, gravement intoxiqués par une propagande collectiviste qui leur répète depuis 70 ans que la santé (qui en fait n'a rien à voir avec les soins) doit être gratuite et qu'on va le faire, ils ont des cures thermales subventionnées, des taxis VSL et des IJ pour convenance. Mais bien sur pas le choix de faire un test diagnostic du SARS-CoV-2 au moment d'une pandémie ou bien de prendre de la Chloroquine. Encore un exemple de cette incohérence à se plaindre des conséquences de ce qu'on chérit par ailleurs: 800 milliards de dépenses sociales et plus à venir mais pas de masques ou de test pour les soignants et les patients. L'état régalien le seul qui protège est nu sans ressources parce que l'état providence le seul qui ramasse des voix a mangé toute la pizza depuis au moins 1980...
Ce n'est pas un slogan c'est la réalité non augmentée.

COVID-19: ils avaient deux mois pour se préparer...


EXCLUSIF - La note alarmiste adressée aux cliniques et hôpitaux privés
« Le Point » s'est procuré un message envoyé aux cliniques d'Île-de-France. Un véritable appel à l'aide, alors que l'épidémie n'est pas encore à son pic.
Par François Malye, Jérôme Vincent
Un signe de plus que, depuis hier, l'urgence est absolue en région parisienne pour faire face à la vague du coronavirus. Et qu'une tension extrême habite ses responsables sanitaires. L'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France exhorte les cliniques de la région à passer la cinquième vitesse et à ouvrir 300 lits de réanimation. Dans un courrier adressé hier aux établissements privés à but commercial, l'un des directeurs de cette agence de l'État supplie les dirigeants des groupes de l'hospitalisation privée de mettre tous leurs moyens au secours de l'épidémie.
Lire aussi Coronavirus : la vérité sur le nombre de morts
« Vous avez compris qu'on doit passer à la vitesse très, très supérieure […]. Vous devez vous fixer des objectifs plus qu'ambitieux. » Et il rentre dans le détail, par exemple pour Ramsay (le groupe Ramsay, le plus important de France dans ce secteur, compte 31 cliniques en région francilienne, NDLR), l'ARS pense à 150 lits de réanimation Covid en plus sous 48 heures ; pour le groupe Ambroise-Paré (4 cliniques, Ambroise-Paré, Hartmann, Pierre Cherest à Neuilly-sur-Seine, Bizet à Paris, NDLR), à 30 lits de réanimation dédiés ; pour le groupe Almaviva (une dizaine de cliniques dans la région, NDLR), à 90 lits de réanimation Covid+ ; enfin, pour le groupe Vivalto (10 cliniques en Île-de-France, NDLR), à 70 places.
« Si on prend 150 malades par jour, à la fin de la semaine le système est cuit »
« Je vois bien les échanges de-ci de-là pour ouvrir 6 lits, 5 lits, mais ce n'est plus l'exercice. Je pense que là où vous avez de la réanimation, et bien vous triplez, vous quadruplez ; vous mettez des malades dans les blocs, etc. J'insiste mais là, à l'heure où je vous parle, 1 100 malades sont en réanimation ; si on prend 150 malades par jour, à la fin de la semaine le système est cuit ; et nous n'aurons aucune aide de personne ».
Lire aussi Coronavirus : à l'hôpital de Mulhouse, « les collègues passent à leur tour en réanimation »
En gros, schématise l'ARS, « il faut trouver 1 000 lits de plus [pour l'instant]. Le privé en apporte un bon tiers, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, un tiers, les autres [les établissements privés à but non lucratif, comme les centres anticancéreux, l'hôpital Foch à Suresnes, les hôpitaux mutualistes, l'hôpital Saint-Joseph à Paris, etc., NDLR] un dernier tiers ».
« Nous ne sommes plus dans le respect des normes »
En outre, ce message de l'ARS destiné à rester confidentiel contient très explicitement l'aveu d'un abaissement possible de la qualité des soins à venir dans la prise en charge de patients contaminés par le coronavirus. « Vous allez rencontrer tous les plus beaux discours pour dire que ce n'est pas possible, mais ça va devoir l'être ; nous ne sommes plus dans le respect des normes ou de quoi que ce soit ; les chirurgiens, les anesthésistes, les infectiologues, etc., tout le monde doit s'y mettre ; et ne croyons pas qu'ils seront tous des as de la réanimation en 24 heures, ce n'est pas vrai, et il faudra faire avec. » Un motif d'inquiétude supplémentaire…
Publié le 26/03/2020 à 15:32

mercredi 25 mars 2020

Cynisme d'un protagoniste de l'état obèse qui raille l'état régalien précautionneux et prévoyant

https://twitter.com/i/status/1241487848475365376

samedi 21 mars 2020

L’UE bégaye sa réponse au Coronavirus

Pour tenter d’atténuer les conséquences économiques dantesques de l’épidémie de Covid-19, la Commission européenne a proposé de délier complètement les Etats membres des règles budgétaires et macroéconomiques établies par le Pacte de stabilité et de croissance. “Le coronavirus a un impact dramatique sur notre économie. […] J’avais dit qu’on ferait tout ce qui est nécessaire pour soutenir les Européens et l’économie européenne. Aujourd’hui, nous avons tenu nos engagements”, a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans une vidéo publiée sur Twitter.

Adopté en 1997, et réformé (durci) au début des années 2010 lors de la crise de la zone euro, le Pacte de stabilité est un instrument de coordination des politiques budgétaires nationales visant à éviter l’apparition de déficits publics excessifs et l’augmentation démesurée de la dette publique au sein de la zone euro. Les dix-neuf Etats membres de la zone euro sont tenus de présenter chaque année leurs objectifs budgétaires et économiques, de maintenir leur déficit public en dessous de 3 % du PIB et leur dette publique sous le seuil 60 % du PIB (ou de la ramener vers ce seuil à un rythme soutenu) sous peine d’être visé par une procédure d’infraction qui peut, théoriquement, aboutir à une sanction financière.

Un Etat peut par contre déroger à ces règles en cas de “circonstances exceptionnelles”. “Il peut s’agir d’un événement inhabituel échappant au contrôle de l’État membre concerné avec une incidence majeure sur la situation des finances publiques, ou d’une période de récession économique grave”, lit-on dans une communication sur les Principes communs aux mécanismes nationaux de correction budgétaire.

"Injecter dans l'économie autant d'argent que nécessaire"

Aussi, “en cas de grave récession économique dans la zone euro ou dans l’UE dans son ensemble, le rythme de l’assainissement budgétaire peut être adapté pour tous les États membres”, moyennant l’activation d’une “clause de crise”, explique la Commission sur son site. Elle précise cependant qu’“il ne s’agit pas d’interrompre l’ajustement budgétaire”, mais de redéfinir le moment venu, pays par pays, les efforts et les délais exigés pour atteindre les objectifs du Pacte. C’est en réalité ce qui avait été fait lors de la crise économique de 2008, sans que cette clause de crise soit pour autant utilisée.

Cette fois, l’exécutif européen va plus loin en proposant de l’activer. La Commission ayant certainement pris la température auprès des Etats de la zone euro, le Conseil devrait donc donner son feu vert. Les Etats membres pourront alors “injecter dans l’économie autant d’argent que nécessaire” pour la maintenir à flot, selon les mots de Mme von der Leyen, et amortir le choc provoqué par l’épidémie de Covid-19.

L’Italie appelle l’Union au secours financier

Les règles du Pacte de stabilité auront été assouplies au maximum. Il reviendra donc aussi aux Vingt-sept d’adopter des mesures supplémentaires de solidarité pour affronter, ensemble, la crise économique qui s’annonce. Vendredi, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a appelé de ses vœux l’Union à utiliser “toute la puissance” du Mécanisme européen de stabilité (MES, fonds de secours de la zone euro), dans un entretien accordé vendredi au Financial Times. “La politique monétaire ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes ; nous devons faire de même sur le front budgétaire et le temps est un facteur essentiel”, a-t-il ajouté. Son appel intervient à un moment dramatique, alors que jeudi le nombre de morts du coronavirus dans le pays. Un bilan qui s’’est alourdi vendredi, avec 627 autres décès.

Le président du Conseil européen Charles Michel a écrit vendredi au président italien Sergio Mattarella pour assurer que “l’Italie n’est pas seule” et que “l’Italie et l’Europe sortiront (de cette crise) plus fortes qu’auparavant”.

Reste que si les ministres européens des Finances se sont félicités mardi que les mesures prises au niveau européen et national pour atténuer l’impact économique du coronavirus représentent environ 1 % du PIB de l’UE (120 milliards d’euros), ils n’ont pas adopté de mesures de relance budgétaire communes. L’Allemagne et les Pays-Bas se sont (timidement) dits ouverts à l’émission de “corona bonds” demandés par Rome, à savoir des obligations qui mutualiseraient les dettes des États de la zone euro. Vendredi, Mme von der Leyen a expliqué qu’elle examinait cette option.

"Si on dit à l’Italie ‘Débrouillez-vous tout seuls’, l’Europe ne s’en relèvera pas”

L’activation du fonds de secours de la zone euro (MES), doté d’une force de frappe de 410 milliards d’euros, n’était par contre pas à l’ordre du jour mardi, d’aucuns – à commencer par les Pays-Bas et l’Allemagne – considérant cela prématuré. Mis en place en 2012 lors de la crise de la zone euro, le MES est censé fournir des crédits aux États en difficulté, en échange de réformes.

Mais dans le contexte actuel, le scénario d’un secours européen conditionné à des réformes strictes serait catastrophique pour l’image de l’UE, déjà écornée par l’expérience de la crise de la zone euro ou celle migratoires, que les Italiens ont eu l’impression d’affronter seuls. D’autant que, la solidarité européenne peine à se mettre en branle. Et que la Banque centrale européenne, en refusant initialement de se préoccuper du cas italien, a mis de l’huile sur le feu, avant de sortir l’artillerie lourde jeudi, avec un plan d’urgence de 750 milliards d’euros de rachat de dettes publique et privée pour soutenir l’économie européenne.

Paris a d’ailleurs mis en garde sur le fait que l’UE ne peut, cette fois, échouer au test de solidarité. “Si c’est le chacun pour soi, si on dit à l’Italie ‘Débrouillez-vous tout seuls’, l’Europe ne s’en relèvera pas”, a déclaré le ministre des Finances, Bruno Le Maire, exhortant les États membres à suivre l’exemple du plan d’urgence de la BCE. “Si nous ne sommes pas capables de nous rassembler […] les citoyens diront que si l’Europe ne nous protège pas, ne nous aide pas, quand nous sommes en difficulté, à quoi sert-elle ?”

vendredi 20 mars 2020

A visionary virologist

« Il y a trois Chinois qui meurent, et ça fait une alerte mondiale [...] Tout ça est juste du délire quoi, les gens ont pas de quoi s'occuper, alors ils vont chercher en Chine de quoi avoir à peur… »
Entretien du 21 janvier 2020 (source : https://www.youtube.com/watch?v=qoBoryHuZ6E

mercredi 18 mars 2020

Agnès Buzyn le ministère du Covid-19

Pour celles et ceux qui ne sont pas abonnés au Monde, voici l’article :

« On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade » : les regrets d’Agnès Buzyn

Catastrophée par la crise sanitaire, l’ex-ministre de la santé revient pour « Le Monde » sur sa campagne à Paris et son départ du gouvernement en pleine crise du coronavirus.
« Je me demande ce que je vais faire de ma vie. » Agnès Buzyn est enfin rentrée chez elle, lundi 16 mars, en milieu d’après-midi. Elle vient de « fermer la porte du QG » de sa campagne parisienne et a posé son sac, seule, « effondrée », dit-elle. Elle pleure, et ses larmes n’ont rien à voir avec celles « d’émotion » et de « déchirement » essuyées entre deux sourires lors de la passation de pouvoir au ministère de la santé, il y a un mois. Ce sont des larmes lourdes, de fatigue, d’épuisement, mais aussi de remords. Elle se livre sans fard et l’aveu est terrible. « Quand j’ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. » A mots à peine cachés, l’ex-ministre de la santé reconnaît ce qui la déchire : fallait-il abandonner son poste en pleine tempête, alors qu’elle devinait le drame à venir ?
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Agnès Buzyn n’est arrivée qu’en troisième position à Paris et sans attendre les directives de La République en marche (LRM) ou l’annonce du report du second tour, a annoncé ce lundi qu’« en raison de la situation sanitaire et dans les hôpitaux », elle se retirait du jeu. « C’est ma part de liberté, de citoyenne et de médecin. » L’avait-elle donc perdu, ce libre arbitre, durant son aventure électorale ? Ses propos le laissent deviner. « Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting. J’ai vécu cette campagne de manière dissociée. » Le mot dit tout. A-t-on jamais gagné une élection en affichant pareille dualité ?
Tragédie intime
En politique aussi, l’inconscient parle. Dimanche 15 mars, Agnès Buzyn est allée voter dans le 5e arrondissement, près de chez elle. Essayer de voter, plutôt. La tête de liste de LRM avait d’abord oublié sa carte d’identité chez elle, dans un autre sac. Le temps que son équipe s’active, elle a fait le pied de grue devant le bureau de vote. Au moment de glisser son bulletin, impossible de débloquer la pompe du flacon de gel hydroalcoolique… Mauvais karma, mauvais signal.
Le soir, elle a été distancée par la maire socialiste sortante, Anne Hidalgo, et par Rachida Dati. Benjamin Griveaux aurait-il fait mieux ? « Sûrement pas, tranche-t-elle. Quand je suis arrivée, il était à 13 %. » Par tempérament, Agnès Buzyn n’est pas du genre à jouer les supplétifs. Si elle s’est présentée, c’est avec la conviction qu’elle pouvait bousculer le jeu. C’était son moment, pensait-elle. Ou son calvaire, vues les circonstances. Aujourd’hui, c’est toute cette séquence qui lui revient, jusqu’à faire de sa confession l’expression d’une tragédie intime.
Tout commence le 14 février. A l’époque, l’OMS ne parle pas encore de pandémie, les épidémiologistes comparent la mortalité du virus à celle de la grippe. Seule la province chinoise de Hubei est confinée. Invitée sur France Inter, ce matin-là, Agnès Buzyn fait le point sur ses dossiers et la situation sanitaire. Elle n’a pas encore vu la vidéo intime de Benjamin Griveaux, qui tourne depuis peu sur les réseaux sociaux. Toujours pas candidate dans un arrondissement de la capitale ?, lui demande-t-on à l’antenne. Ce même Griveaux ne lui avait proposé qu’« une troisième position, dans le 15e », précise-t-elle aujourd’hui. Pas forcément de son niveau. Elle n’entre pas dans ces détails et répète : « Je ne pourrai pas être candidate. J’avais déjà un agenda très chargé, j’ai beaucoup de réformes dans le ministère et s’est rajouté un surcroît de travail inattendu malheureusement, qui est cette crise du coronavirus. » L’affaire semble tranchée.
« Paris est un beau mandat. J’ai appelé moi-même le président pour lui dire que j’y allais »
Que se passe-t-il entre ce vendredi matin et le samedi soir suivant, qui la voit s’avancer sur le devant de la scène parisienne, alors que Griveaux jette l’éponge ? A l’entendre, elle devine déjà ce qui se profile. « Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine : le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein. » Dès lors, pourquoi tout lâcher pour remplacer Griveaux ? « Ni Emmanuel Macron ni Edouard Philippe ne m’ont mis la pression. Mais je recevais des milliers de textos me disant : “Il n’y a que toi…” Je me suis dit que je n’allais pas laisser La République en marche dans la difficulté… Paris est un beau mandat. J’ai appelé moi-même le président pour lui dire que j’y allais. »
Un bref moment de bonheur
Lucide sur la crise sanitaire et pourtant décidée à s’engager : nous sommes là au cœur du mystère Buzyn. La politique, cette hématologue réputée, entrée au gouvernement en 2017, en rêvait. « Depuis toujours, dit-elle. C’était aussi l’ADN de la famille Veil », celui de Simone, son ex-belle-mère, qu’elle admire. Elle avait déjà manqué de sauter le pas lors du précédent quinquennat, quand François Hollande avait songé à la nommer ministre, sans finalement donner suite. Auparavant, François Fillon l’avait, lui aussi, remarquée, alors qu’elle présidait l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, et lui avait proposé de devenir sa suppléante à Paris, aux législatives de 2012. Par conviction de gauche – peut-être aussi parce que c’était un début trop modeste –, elle avait refusé.
Agnès Buzyn se dit que ce défi parisien est une aubaine. La capitale, sa ville natale, semble lui tendre les bras. Elle le croit d’autant plus volontiers qu’au gouvernement, ses marges se sont rétrécies. Le corps hospitalier la voue aux gémonies, la réforme des retraites est un loupé, la future loi sur la dépendance n’aura pas les crédits exigés… Si elle est encore à ce poste en 2022 et que Macron échoue, confie-t-elle à des proches, que restera-t-il de sa réputation ? Agnès Buzyn n’aime pas perdre et une nouvelle carrière, politique celle-là, s’ouvre à elle. Olivier Véran, un ex-socialiste de 39 ans, neurologue et député, paraît taillé pour lui succéder.
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L’entrée en campagne est un bref moment de bonheur. La Macronie parisienne, sonnée par l’affaire Griveaux, se reprend à rêver. La candidate a les coudées franches. Elle enterre les projets-phares de son prédécesseur et pousse la promesse qui fait sa marque : l’aide aux personnes âgées à domicile. Bienveillance, proximité, mais aussi sécurité et propreté. Qu’apporte-t-elle de plus ? Son passé précisément, soit un sérieux, une compétence, une légitimité.
Pendant quelques jours, elle croit à sa bonne étoile. Les sondages frémissent. On l’engueulait toujours, et désormais on l’aborde gentiment. « J’aime les gens, dit-elle, et quoi qu’on en dise, dans un ministère, il y a une distance qui se crée. » La candidate s’enhardit et commet la faute de critiquer le manque de préparation de la Mairie de Paris face à l’épidémie, alors qu’elle l’a félicitée un peu plus tôt – et par écrit – de sa mobilisation. A moins que ces critiques ne trahissent un sentiment de culpabilité personnel ? Le satané virus envahit tout et, à la télévision, c’est Olivier Véran qui prend la lumière. Précis, rassurant, il est jugé excellent. La révélation n’est plus là où on l’imaginait…
Commence alors le chemin de croix. Sur le terrain, dans les débats, Agnès Buzyn montre un vrai savoir-faire mais elle stagne dans les sondages. Comment rassembler largement au second tour, comme promis, si elle arrive derrière Hidalgo et Dati ? « Je ne suis pas une politicienne mais une professionnelle de l’intérêt général », affirme le message audio qu’elle laisse sur 500 000 téléphones. La crise sanitaire la ramène sans cesse à son passé de ministre. Les réseaux sociaux reprennent ainsi cette petite phrase, lâchée le 24 janvier : « Le risque de propagation du coronavirus dans la population est très faible. »
« Bien sûr, je n’aurais pas dû prononcer ces mots. Mais avant de partir du ministère, j’avais tout préparé, malgré une inertie… » Les quelques reproches qu’elle s’adresse se mêlent au désir de convaincre qu’elle n’a pas failli. « Je n’ai plus de boulot », glisse-t-elle, avant de se reprendre : « Je dis toujours : “Ministre un jour, médecin toujours”. L’hôpital va avoir besoin de moi. Il va y avoir des milliers de morts. »
 
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