samedi 21 mars 2020

L’UE bégaye sa réponse au Coronavirus

Pour tenter d’atténuer les conséquences économiques dantesques de l’épidémie de Covid-19, la Commission européenne a proposé de délier complètement les Etats membres des règles budgétaires et macroéconomiques établies par le Pacte de stabilité et de croissance. “Le coronavirus a un impact dramatique sur notre économie. […] J’avais dit qu’on ferait tout ce qui est nécessaire pour soutenir les Européens et l’économie européenne. Aujourd’hui, nous avons tenu nos engagements”, a déclaré la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans une vidéo publiée sur Twitter.

Adopté en 1997, et réformé (durci) au début des années 2010 lors de la crise de la zone euro, le Pacte de stabilité est un instrument de coordination des politiques budgétaires nationales visant à éviter l’apparition de déficits publics excessifs et l’augmentation démesurée de la dette publique au sein de la zone euro. Les dix-neuf Etats membres de la zone euro sont tenus de présenter chaque année leurs objectifs budgétaires et économiques, de maintenir leur déficit public en dessous de 3 % du PIB et leur dette publique sous le seuil 60 % du PIB (ou de la ramener vers ce seuil à un rythme soutenu) sous peine d’être visé par une procédure d’infraction qui peut, théoriquement, aboutir à une sanction financière.

Un Etat peut par contre déroger à ces règles en cas de “circonstances exceptionnelles”. “Il peut s’agir d’un événement inhabituel échappant au contrôle de l’État membre concerné avec une incidence majeure sur la situation des finances publiques, ou d’une période de récession économique grave”, lit-on dans une communication sur les Principes communs aux mécanismes nationaux de correction budgétaire.

"Injecter dans l'économie autant d'argent que nécessaire"

Aussi, “en cas de grave récession économique dans la zone euro ou dans l’UE dans son ensemble, le rythme de l’assainissement budgétaire peut être adapté pour tous les États membres”, moyennant l’activation d’une “clause de crise”, explique la Commission sur son site. Elle précise cependant qu’“il ne s’agit pas d’interrompre l’ajustement budgétaire”, mais de redéfinir le moment venu, pays par pays, les efforts et les délais exigés pour atteindre les objectifs du Pacte. C’est en réalité ce qui avait été fait lors de la crise économique de 2008, sans que cette clause de crise soit pour autant utilisée.

Cette fois, l’exécutif européen va plus loin en proposant de l’activer. La Commission ayant certainement pris la température auprès des Etats de la zone euro, le Conseil devrait donc donner son feu vert. Les Etats membres pourront alors “injecter dans l’économie autant d’argent que nécessaire” pour la maintenir à flot, selon les mots de Mme von der Leyen, et amortir le choc provoqué par l’épidémie de Covid-19.

L’Italie appelle l’Union au secours financier

Les règles du Pacte de stabilité auront été assouplies au maximum. Il reviendra donc aussi aux Vingt-sept d’adopter des mesures supplémentaires de solidarité pour affronter, ensemble, la crise économique qui s’annonce. Vendredi, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a appelé de ses vœux l’Union à utiliser “toute la puissance” du Mécanisme européen de stabilité (MES, fonds de secours de la zone euro), dans un entretien accordé vendredi au Financial Times. “La politique monétaire ne peut à elle seule résoudre tous les problèmes ; nous devons faire de même sur le front budgétaire et le temps est un facteur essentiel”, a-t-il ajouté. Son appel intervient à un moment dramatique, alors que jeudi le nombre de morts du coronavirus dans le pays. Un bilan qui s’’est alourdi vendredi, avec 627 autres décès.

Le président du Conseil européen Charles Michel a écrit vendredi au président italien Sergio Mattarella pour assurer que “l’Italie n’est pas seule” et que “l’Italie et l’Europe sortiront (de cette crise) plus fortes qu’auparavant”.

Reste que si les ministres européens des Finances se sont félicités mardi que les mesures prises au niveau européen et national pour atténuer l’impact économique du coronavirus représentent environ 1 % du PIB de l’UE (120 milliards d’euros), ils n’ont pas adopté de mesures de relance budgétaire communes. L’Allemagne et les Pays-Bas se sont (timidement) dits ouverts à l’émission de “corona bonds” demandés par Rome, à savoir des obligations qui mutualiseraient les dettes des États de la zone euro. Vendredi, Mme von der Leyen a expliqué qu’elle examinait cette option.

"Si on dit à l’Italie ‘Débrouillez-vous tout seuls’, l’Europe ne s’en relèvera pas”

L’activation du fonds de secours de la zone euro (MES), doté d’une force de frappe de 410 milliards d’euros, n’était par contre pas à l’ordre du jour mardi, d’aucuns – à commencer par les Pays-Bas et l’Allemagne – considérant cela prématuré. Mis en place en 2012 lors de la crise de la zone euro, le MES est censé fournir des crédits aux États en difficulté, en échange de réformes.

Mais dans le contexte actuel, le scénario d’un secours européen conditionné à des réformes strictes serait catastrophique pour l’image de l’UE, déjà écornée par l’expérience de la crise de la zone euro ou celle migratoires, que les Italiens ont eu l’impression d’affronter seuls. D’autant que, la solidarité européenne peine à se mettre en branle. Et que la Banque centrale européenne, en refusant initialement de se préoccuper du cas italien, a mis de l’huile sur le feu, avant de sortir l’artillerie lourde jeudi, avec un plan d’urgence de 750 milliards d’euros de rachat de dettes publique et privée pour soutenir l’économie européenne.

Paris a d’ailleurs mis en garde sur le fait que l’UE ne peut, cette fois, échouer au test de solidarité. “Si c’est le chacun pour soi, si on dit à l’Italie ‘Débrouillez-vous tout seuls’, l’Europe ne s’en relèvera pas”, a déclaré le ministre des Finances, Bruno Le Maire, exhortant les États membres à suivre l’exemple du plan d’urgence de la BCE. “Si nous ne sommes pas capables de nous rassembler […] les citoyens diront que si l’Europe ne nous protège pas, ne nous aide pas, quand nous sommes en difficulté, à quoi sert-elle ?”

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